5 moyens efficaces de placer la trésorerie d’une SELARL

Par Thibaut Sadones

Comment placer la trésorerie d'une SELARL

Table des matières

Après quelques années de pratique, et si vous avez suivi nos conseils, vous vous interrogez comment placer les excédents de trésorerie d’une SELARL. Comme nous l’avons vu dans le dossier BNC ou SELARL pour votre activité libérale ? en SELARL seule la rémunération versée au professionnel sera soumise aux cotisations sociales et à l’impôt sur le revenu. Le bénéfice restant qui sera laissé dans votre SELARL ne sera soumis qu’à l’impôt sur les sociétés, dont le taux est bien moindre.

En vertu des règles énoncées ci-dessus, plus vous laissez de trésorerie dans la société, plus vous vous enrichirez. Certes, mais à un moment donné, vous devez percevoir un minimum de rémunération pour vivre: vous loger, vous alimenter, payer les études de vos enfants, partir en vacances, etc… Le meilleur conseil que j’aurais à vous donner, c’est d’identifier ce dont vous avez besoin pour mener votre train de vie courant. Prenez une marge de précaution, pour pallier aux aléas potentiels. C’est cette somme que vous devez vous verser en rémunération. L’excédent a tout intérêt à demeurer dans votre SEL, pour échapper aux cotisations sociales et à l’impôt sur le revenu en attendant le moment opportun.

Les détracteurs diront que tout ceci est bien gentil sur le papier, mais à quoi cela peut-il bien servir de conserver des excédents de trésorerie dans votre société ? La question est pertinente.

En fait, il y a de multiples raisons qui justifient la création et l’alimentation de cette poche de trésorerie d’une SELARL. Ce dossier vous donne 5 façons pertinentes de l’utiliser à bon escient : suivez le guide.

Je vous oriente sur les moyens d'utiliser à bon escient la trésorerie de votre SELARL

Lisser ses revenus dans le temps pour optimiser sa fiscalité

Votre revenus professionnels sont naturellement tributaires de l’évolution de votre activité, qui peut connaître des périodes de hausse et de baisse selon votre clientèle, vos horaires de travail, les prestations que vous avez accomplies. Ils sont de surcroît soumis aux aléas de la vie courante avec malheureusement des périodes d’activité faiblement ou non rémunérées (arrêt maladie, formation, congés).

Garder de côté la trésorerie d’une SELARL vous donne la possibilité de vous rémunérer quand bon vous semble, même en période de vaches maigres. En plus de faciliter la gestion de votre budget, le fait de lisser votre rémunération en évitant les fortes variations d’une année sur l’autre permet d’optimiser votre fiscalité (!). Rien de magique à tout cela, cet effet est uniquement dû à la mécanique des tranches d’imposition, qui fonctionne de telle sorte que les années à forts revenus sont davantage taxées.

Prenons l’exemple d’un professionnel libéral, marié avec deux enfants. Il est le seul contributeur aux revenus du foyer. Il gagne 100.000€ une année N, et seulement 50.000€ l’année suivante à cause d’un accident de ski qui l’a empêché de travailler pendant 6 mois. S’il avait constitué une épargne de 25.000€ de côté par précaution à la fin de la première année, et qu’il avait choisit de se verser cette rémunération l’année suivante, il aurait non seulement évité une période de tension financière imprévue pour sa famille, mais également réduit son impôt sur le revenu de près de 4.000 €!

Année 1Année 2Total
A: Revenus libéraux avant lissage100.000 €50.000 €150.000 €
B: Revenus libéraux après lissage75.000 €75.000 €150.000 €
Différence B-A25.000 €+25.000 €0 €
A’ : Impôts sur le revenu du foyer avant lissage12.748 €1.706 €17.050 €
B’ : Impôts sur le revenu du foyer après lissage5.248 €5.248 €14.755 €
Différence B’-A’-7.500 €+3.542 €-3.958 €
Economie d’impôt sur le revenu induit par le lissage de rémunération

Investir dans des actifs professionnels (immobilier, matériel, véhicules)

Il est extrêmement judicieux de profiter de la trésorerie de votre SEL pour investir dans des actifs à forte valeur. Vous louez vos locaux professionnels ? Votre véhicule est en leasing ? Vous envisagez des investissements en matériel coûteux? L’opportunité est grande de vous servir de votre trésorerie pour acquérir ces actifs à titre professionnel, et réduire vos dépenses futures par la même occasion.

Gardez toujours à l’esprit que pour avoir 1 euro dans votre poche à titre personnel, il en aura coûté globalement le double pour votre SEL, le reste ayant servi à payer les cotisations sociales et impôt sur le revenu. Si vous souhaitez acquérir un téléphone d’une valeur de 1.000€ à titre personnel, votre société va donc devoir débourser… 2.000€. Dans la mesure du possible, il est donc nettement plus avantageux d’engager la dépense depuis votre société pour réduire la facture.

Acheter votre local professionnel, si vous en avez l’opportunité, peut être un excellent choix. Au lieu de payer un loyer à fonds perdus, vous capitaliserez dans un bien qui prendra de la valeur au fur et à mesure du temps. Grâce à la trésorerie d’une SELARL, vous êtes libres de faire un apport conséquent, et votre banquier vous accordera un crédit à des conditions avantageuses.

A noter que concernant le local professionnel, il est fortement recommandé d’investir par le biais d’une société (SCI ou autre) que vous aurez créée pour l’occasion, afin de dissocier le patrimoine immobilier de votre activité purement libérale. En effet, lorsque vous céderez votre activité libérale pour partir à la retraite, vous pourriez avoir envie de conserver la propriété des locaux pour les louer à votre successeur.

En la matière, vous pourriez détenir une part majoritaire de cette société à titre personnel (par exemple 80% du capital), tandis que la SEL détiendrait les 20% restant. Malgré sa part minoritaire, la SEL peut mettre à disposition la totalité des fonds nécessaires à l’opération avec un apport en compte courant d’associé. Le deuxième avantage d’investir dans votre local professionnel par le biais d’une société est que vous pouvez également faire entrer progressivement vos héritiers au capital pour leur transmettre un patrimoine, ce qui est interdit avec une SEL.

Acheter des actifs professionnels comme un local pour votre cabinet libéral est un excellent moyen d'utiliser la trésorerie d'une SELARL

Votre véhicule est également un poste de coût conséquent dans votre budget. Choisir de garder votre véhicule dans votre patrimoine personnel ou professionnel va directement dépendre du type de véhicule que vous possédez, de son financement, et de l’utilisation que vous en faites. Acquis dans votre société, vous pourrez y passer en frais son amortissement, l’assurance, le carburant, les réparations, etc… Ces dépenses seront déductibles du résultat de l’entreprise au prorata de votre utilisation professionnelle (si vous faites la majorité de vos trajets pour vous rendre au travail, c’est plutôt de bonne augure).

A prendre en compte dans le calcul : acquérir votre véhicule par le biais de votre Société d’Exercice Libéral vous amène à payer la TVS (Taxe sur les Véhicules de Société) – sauf pour les véhicules électriques qui en sont pour le moment exonérés. Pour en savoir plus sur les options qui s’offrent à vous pour l’acquisition d’un véhicule, consultez notre dossier LOA, LDD, en direct, quel choix pour l’acquisition de mon véhicule en libéral ?

De manière générale, sachez qu’un certain nombre d’actifs que vous utilisez au quotidien peuvent être achetés grâce à la trésorerie d’une SELARL, à partir du moment où ils servent à l’activité professionnelle. Ce peut être le cas de votre téléphone mobile, votre ordinateur portable, votre imprimante, etc. Il en est de même pour les dépenses attachées, à savoir les abonnements, les réparations, les consommables.

Se verser des dividendes

Le versement de dividendes peut être est un excellent moyen de compléter votre rémunération en utilisant à bon escient la trésorerie d’une SELARL.

Sur le plan fiscal, les dividendes ne sont pas assimilables à des rémunérations, mais plutôt à des revenus de capitaux mobiliers. Ils sont fiscalisés à un taux forfaitaire de 12,8%. A partir d’un certain niveau de rémunération, lorsque votre Tranche Marginale d’Imposition (TMI) devient élevée (41% ou 45%), les dividendes se révèlent souvent plus avantageux.

Sur le plan social, les dividendes versés par une SEL à son associé travailleur non salarié sont soumis – comme la rémunération – aux cotisations sociales. Pas d’avantage spécifique cette-fois-ci. Il n’y a néanmoins une subtilité : les cotisations sociales sont dégressives. Plus votre assiette des cotisations (rémunération+dividendes) est élevée, plus le taux est faible. Au-delà d’un certain montant, il n’y a par exemple plus de cotisations CARMF supplémentaires.

C’est là que les dividendes entrent en scène. Grâce à l’accumulation de trésorerie d’une SELARL, une stratégie astucieuse consiste à se verser un montant important de dividendes en une seule fois. En concentrant ce versement, vous « profitez » du taux réduit de cotisations et maximisez l’économie réalisée. C’est l’équivalent d’acheter en gros pour faire baisser le prix à l’unité !

Attention, ce mécanisme n’est pas une formule magique universelle ! L’efficacité de la stratégie « dividendes » dépend de votre situation personnelle : le niveau de vos revenus et ceux de votre conjoint, le capital de votre SEL, votre secteur d’exercice, etc. Une mauvaise décision peut vous coûter cher et annuler l’effet d’optimisation. Ne jouez pas à l’apprenti sorcier avec vos finances!

Pour transformer cette complexité en maximum d’économies garanties, vous devez être accompagné. Si vous êtes concerné, je peux analyser votre situation unique, faire les bons calculs, et vous dire exactement quel est le meilleur équilibre entre rémunération et dividendes dans votre cas.

Arbitrer entre rémunération et dividendes exige des calculs approfondis qui doivent être réalisés par un expert du sujet
Arbitrer entre rémunération et dividendes exige des calculs approfondis qui doivent être réalisés par un expert du sujet

Placer ses fonds en attendant la retraite

Toute trésorerie professionnelle doit permettre de couvrir les besoins courants (le fameux « besoin en fonds de roulement »). Par précaution, je vous recommande de conserver d’avance au moins 6 mois de charges professionnelles, pour faire face à d’éventuelles dépenses imprévues (Une régularisation de cotisations mal anticipée?). Au-delà de cette épargne de précaution, vous pouvez – je dirai même que vous devez – placer vos excédents de trésorerie. En effet, pas question de laisser dormir des sommes importantes, qui se feraient inévitablement grignoter par l’inflation chaque année.

Point de vigilance : en vertu des règles déontologiques, la SEL doit toujours servir son objet social, qui est l’exercice exclusif de votre profession libérale réglementée. Cela a donc deux conséquences importantes que vous devez garder en tête:

  • Il est naturellement dans votre droit de gérer votre trésorerie, mais pas de spéculer avec. Pas question donc de vous lancer dans des placements risqués ou exotiques. Vous devez pratiquer une gestion « bon père de famille ».
  • Les placements de trésorerie doivent servir l’intérêt de votre activité libérale : il est donc nécessaire de donner du sens à vos placements.

Sur ce deuxième point, vous devez ainsi faire en sorte que les placements que vous réaliserez répondent à des objectifs identifiés, donc correspondant à des projets réels. Par exemple : acheter un véhicule professionnel l’année prochaine, financer du matériel coûteux dans 3 ans, acquérir un local professionnel dans 5 ans, mener un projet de croissance externe (association, rachat de patientèle) dans 10 ans, etc. A chaque projet un montant alloué et une horizon de temps défini. De là en découlera le niveau de risques que vous êtes prêts à encourir et la liquidité attendue.

Dès que vos objectifs sont clarifiés, vous pourrez alors réaliser l’allocation de votre trésorerie de manière appropriée. Le choix des enveloppes d’investissement n’est pas aussi vaste que pour un particulier, mais reste diversifié : Comptes à terme, compte-titres, contrat de capitalisation. Cela vous donne accès à une large palette de supports d’investissement, à savoir des fonds monétaires, des fonds obligataires, des actions de sociétés cotées, etc. Comme toujours, il n’existe pas de produit miracle, il n’y a pas de rendement sans risque. Charge à vous de trouver le meilleur compromis pour que les caractéristiques du placement (rendement, liquidité, horizon, volatilité) réponde à l’objectif correspondant.

Ci-dessous un tableau comparatif des trois principales options pour placer la trésorerie d’une SELARL :

Type de contratHorizon de placementRendement espéréRisqueLiquidité
Compte à terme< 2 ans2 à 2,5%AucunMoyenne : déblocage sous 1 mois
Contrat de capitalisation> 4 ans– Fonds euro : 2-3%
– Unités de compte (Actions, obligations, etc) : 4-7%
Fonds euros : Capital garanti
Unités de compte : Selon évolution des marchés financiers
Moyenne : rachat du contrat sous 1 mois
Compte-titres> 5 ansActions / fonds cotés : 4-7%Selon évolution des marchés financiersExcellente : Vente à tout moment des instruments cotés en bourse

La fiscalité applicable à l’ensemble de ces placements financiers relève de l’impôt sur les sociétés (IS), soit 25% au-delà de 42.500€ de bénéfices.

Si votre SELARL dispose toujours de liquidités lorsque vous atteignez l’âge de la retraite, cela peut s’avérer très utile. En effet, lorsque vous cesserez votre activité libérale, vous serez en mesure de vous désinscrire de l’Ordre correspondant, et de transformer la forme juridique de votre société. En devenant une SARL ou une SAS avec un nouvel objet social, vous n’êtes plus contraints par la réglementation propre aux SEL. Le champ des possibilités d’investissement s’ouvre alors subitement en grand!

Vous pourrez alors utiliser ce joli pactole pour réaliser des investissements immobiliers, acquérir des parts d’une autre société, ou tout simplement le transmettre progressivement à vos enfants.

Se constituer un patrimoine via la création d’une holding

Enfin, placer la trésorerie d’une SELARL dans l’optique de se construire un patrimoine conséquent nécessite d’élaborer une organisation adaptée. Dès lors que les sommes en jeu deviennent importantes, vous devez sérieusement envisager la création d’une holding pour vous ouvrir de nouveaux horizons de placement fiscalement optimisés. Ou plus précisément deux holdings :

  • Une holding SPFPL (Société de Participations Financière de Professions Libérales), dont le statut est réglementé. La SPFPL est une pure société de contrôle dont le seul objectif est de détenir des participations dans une ou plusieurs SEL, ou des SCI qui détiennent un patrimoine connexe à votre activité libérale (par exemple vos locaux professionnels).
  • Une holding d’investissement, dont l’objectif est de développer un patrimoine personnel/familial via une ou plusieurs filiales. Ce statut n’étant pas réglementé, cette holding a la faculté de réaliser des investissements beaucoup plus diversifiés sans lien avec votre activité libérale. Les associés de cette holding d’investissement sont généralement des membres de la famille.

Les remontées de dividendes à vos holdings subissent une fiscalité extrêmement réduite grâce à l’application du régime fiscal mère-fille (taxation effective de 1,25%). Cette faible friction fiscale démultiplie votre capacité d’investissement : la somme que vous pourrez investir sera d’autant plus importante.

Avec la mise en place d’une convention de trésorerie entre les sociétés de votre « groupe », vous avez la faculté d’affecter vos excédents de trésorerie là où ils sont nécessaires. En particulier, ils seront dirigés vers votre holding d’investissement pour réaliser les opérations qui viendront enrichir votre patrimoine personnel.

Cette stratégie patrimoniale est extrêmement puissante, et c’est la seule qui permet de mettre pleinement à profit votre trésorerie professionnelle pour développer votre patrimoine personnel, avec une fiscalité optimisée au maximum. Sa mise en place est néanmoins très structurante et sa gestion plus complexe : cela nécessite une réflexion poussée tenant compte de nombreux paramètres pour bien cerner les enjeux. Contactez-moi pour en discuter !

Image de Thibaut Sadones

Thibaut Sadones

Fondateur d'Optiliberal, expert des stratégies financières pour les Médecins Libéraux: Optimisation de la fiscalité et Conseil en Investissements

Dernières publications